Restauration écologique du fleuve Sélune

Compréhension des mécanismes de restauration écologique d’un cours d’eau suite au démantèlement de barrages

Le programme
Le projet d'étude sur la Sélune

Le projet d'étude sur la Sélune

Suite au non-renouvellement de la concession pour l’exploitation hydroélectrique des barrages de Vezin et de la Roche-Qui-Boit sur la Sélune, le Ministère de l’Ecologie a décidé de leur suppression en 2012 avec pour objectif de restaurer la continuité écologique terre-mer sur ce bassin versant dans le cadre de l’application de la DCE et du Grenelle de l’environnement (trame bleue).

Un programme scientifique interdisciplinaire de suivi à long terme (avant et après démantèlement des barrages) a été élaboré sous la coordination de l’INRA afin de suivre la restauration écologique du cours d’eau et de caractériser les processus physiques, chimiques et biologiques mis en œuvre. Les changements sociétaux font également l’objet d’un suivi. Ainsi, les échelles d’études sont multiples, cascadant du paysage jusqu’aux éléments chimiques.

Impliquant plus d’une centaine de scientifiques, ce programme a pour objectif au long terme de produire un retour d’expérience complet et d’apporter de réelles recommandations pour les gestionnaires dans la restauration des cours d’eau.

La continuité écologique dans les écosystèmes aquatiques

Par rupture des continuités écologiques, les barrages sont à l’origine de modifications significatives du régime hydrologique, de la température de l’eau et des flux biologiques et biogéochimiques. S’ajoutent à ces problèmes environnementaux des préoccupations d’ordre socio-économique puisque de nombreux ouvrages hydroélectriques construits au début des années 1910-1920 sont désormais des ouvrages vieillissants, présentant des problèmes de sécurité et de rentabilité. Dans ce contexte, les projets de démantèlement sont de plus en plus nombreux dans le monde, et ont comme objectif la restauration écologique des cours d’eau. Afin d’évaluer le succès de telles opérations en termes de restauration, les suivis scientifiques sont nécessaires et un dynamique scientifique internationale sur cette problématique est en plein essor.

Les Etats-Unis ont mené la politique la plus active de démantèlement de barrages jusqu’à présent. Cependant, un faible pourcentage de ces opérations a fait l’objet de suivis scientifiques, et la majorité de ceux-ci ont concerné l’enlèvement de petits barrages (<15 m). Souvent, ces études sont conduites pour assurer le retour des poissons diadromes(patrimoine socio-culturel et espèces sentinelles de l’état des cours d’eau face au changement global).

En France, aucun cas d’étude d’enlèvement de barrage n’a été véritablement documenté alors que trois grands barrages ont été effacés entre 1996 et 1998 en Bretagne sur le Léguer et sur le bassin de Loire. Suite au Grenelle de l’Environnement en 2007, deux opérations pilotes d’effacement de barrages avaient été proposées au niveau national sur l’Allier (barrage de Poutés) et sur le fleuve Sélune (91 km, 1040 km²). Ce dernier est un des quatre cours d’eau qui se jettent dans la Baie du Mont Saint-Michel. Il est fréquenté par une communauté diversifiée d’espèces diadromes (saumon, truite de mer, anguille, lamproies et aloses) sur un linéaire réduit de son cours principal (14 km) en raison de la présence de deux grands barrages sur son tiers aval : La Roche qui Boit (16 m) et Vezins (36 m) (photo 1) respectivement mis en service dans les années 1920 et 1930.

Les barrages sont vieillissants, les lacs de retenue stockent de grandes quantités de sédiments et des cyanobactéries toxiques s’y développent en été. Pour des raisons économiques (barrages trop peu rentables et risques de sanctions financières européennes pour non-application de la DCE – Directive Cadre sur l’Eau, 2000), la concession pour l’exploitation hydroélectrique de ces deux grands barrages n’a pas été renouvelée. Le Ministère de l’Ecologie a décidé dans un premier temps de leur suppression (2009 puis 2012) avec pour objectif de restaurer la continuité écologique terre-mer sur ce bassin versant dans le cadre de l’application de la DCE. Après une période de remise en question du projet d’effacement, le ministre de la transition écologique et solidaire a informé par communiqué de presse de la poursuite du projet. En parallèle, les collectivités territoriales travaillent sur des scénarios de redynamisation socio-économique de la vallée.

Pour accompagner le projet, un programme scientifique interdisciplinaire de suivi à long terme (avant et après démantèlement) a été élaboré sous la coordination de l’INRA. D’une envergure inégalée en Europe, son objectif est d’examiner les processus de restauration des continuités et du bon état écologique de l’hydrosystème. Le travail des équipes scientifiques appartenant à de nombreux organismes est coordonné conjointement par L’INRA et la nouvelle Agence Française pour la Biodiversité (AFB) à Rennes. L’ambition est de faire de cette expérience en grandeur nature un observatoire des processus sociologiques et écologiques à l’œuvre dans ce type d’opération de grande ampleur, pour pouvoir appréhender sur des bases scientifiques la problématique grandissante du démantèlement de barrages sur nos cours d’eau.

Le programme scientifique a débuté avec deux objectifs (1) caractériser le fonctionnement actuel du cours d’eau en présence des deux grands barrages et (2) analyser sur le long terme l’impact écologique et sociétal de restauration.

Les enjeux de la restauration écologique de la Sélune

Le cas d’étude sur la Sélune est unique en Europe par la hauteur des deux barrages (16 et 36 m) situés près de l’océan et par leur emprise sur le cours d’eau (20 km ennoyés, soit environ 25% du linéaire total), dans un bassin versant à forte dominante agricole (polyculture-élevage, production laitière majoritaire). Le programme scientifique élaboré sous la coordination de l’INRA et de l’AFB doit permettre :

  1. d’analyser les mécanismes de restauration écologique du fleuve, sur ce territoire en transition avec le projet de revalorisation socio-économique de la vallée.
  2. de faire de ce site pilote une référence scientifique et de permettre un retour d’expérience, en phase avec les réflexions en cours sur le devenir des barrages vieillissants au niveau mondial (maintien en état, rénovation ou suppression).

Pluridisciplinaire, le programme scientifique est structuré en quatre thématiques : paysages, habitants, usages, paysage agriculture et ripisylve, dynamique fluviale, biocénoses aquatiques. Il regroupe actuellement une centaine de scientifiques venant d’une vingtaine de laboratoires de divers organismes (dont INRA, CNRS, Universités, MNHN, IFREMER). Il est organisé en deux phases successives, pré-démantèlement (2012-2018, état des lieux et incidence de la vidange) et post-démantèlement (restauration écologique). Autour des partenaires scientifiques, les actions menées dans le cadre du programme de recherche sont financées par l’Agence de l’Eau Seine-Normandie (AESN) et l’AFB. La DDTM 50 est responsable technique de l’opération alors que la responsabilité administrative incombe à la préfecture de la Manche. Dans le cadre de la mise en œuvre du schéma de développement durable de la vallée, la partie socio-économique incombe au Syndicat Mixte des Pays de la Baie et la partie environnement au Syndicat Mixte du bassin de la Sélune, porteur du SAGE.

Les enjeux de la restauration écologique de la Sélune

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