Thème Paysages, Habitants, Usages de la Sélune


Ce volet animé par des géographes et des sociologues s’intéresse à la réception du projet de restauration écologique de la Sélune du point de vue des habitants et usagers de la vallée, de la rivière et des lacs. Nos travaux visent à analyser la construction d’un projet de territoire pour la vallée de la Sélune. La réussite du projet du point de vue des usagers est au cœur du questionnement scientifique développé au sein de l’équipe. Pour cela, nous nous intéressons :

  • aux processus de gouvernance (construction du projet, jeux d’acteurs, rôle des politiques publiques et des spécificités locales)
  • à la réception et l’appropriation du projet par les habitants et usagers
  • à l’histoire des lieux (pratiques, fréquentation, paysages)
  • et aux changements matériels (nouveaux paysages, nouveaux usages) et immatériels (nouveaux regards) suscités par le projet écologique

Une première phase du projet de recherche a donné lieu à la publication de résultats visibles sur le site Internet https://selune.hypotheses.org/ ainsi que dans le cadre de différentes restitutions organisées localement.

Suivi des paysages – l’Observatoire Photographique du Paysage du bassin de la Sélune

Figure 2 : Série paysagère au niveau du pont de la République – vers l’aval (clichés de A. Joué et M.-A. Germaine).

Depuis le printemps 2013, un observatoire photographique du paysage (OPP) a été mis en place. Cet outil regroupe près de 90 points sur l’ensemble du bassin de la Sélune (dont la plupart sont concentrés le long des lacs et de la rivière). Chacun de ces points est photographié à chaque saison. Une partie des points ont été choisis à partir de cartes postales anciennes (début 20ème siècle) ou d’archives datant de la dernière vidange (1993). Les séries ainsi constituées permettent d’appréhender les changements saisonniers et plus importants du paysage. Ce travail est mené en partenariat avec le Syndicat mixte du bassin de la Sélune.

Représentations et usages

Figure 3 : Carte des pêcheries, moulins, gués et ponts de la Sélune (O. Thomas).
Figure 3 : Carte des pêcheries, moulins, gués et ponts de la Sélune (O. Thomas).

Parallèlement à la description des paysages, nous nous intéressons aux usages à l’œuvre dans la vallée de la Sélune. Ce travail nous a amené à nous intéresser à l’histoire des lieux depuis la construction des barrages et même avant. Plusieurs thématiques sont abordées. Les pratiques de pêche, aujourd’hui au cœur des questions concernant le devenir des barrages de la Sélune, constituent un des sujets principaux qu’il s’agisse de la pêche au saumon qui amène à reconstituer la présence de cette espèce à travers le temps le long de la Sélune ou de la pêche aux carnassiers qui s’est développée sur les lacs de Vezins et de la Roche-qui-Boit. Ces deux pratiques ont laissé de nombreuses traces dans les paysages de la vallée (cabanons, pêcheries, etc.) recensées à travers des cartes. Les discours des habitants et usagers sont, eux, abordés à travers des méthodes diverses : enquêtes de terrain, questionnaires, analyses de la presse locale, réalisation de cartes mentales, … Il s’agit d’appréhender la manière dont ces derniers se représentent la rivière, les lacs, la vallée afin de bien identifier les lieux auxquels ils sont attachés mais aussi de cerner les craintes et les attentes qu’ils expriment vis-à-vis de leur vallée. Les premières enquêtes réalisées dans la vallée de la Sélune montrent une peur de la friche et de l’abandon associée à une remise en cause de certains usages. L’organisation de journées de nettoyage et d’entretien des chemins et bords de la rivière témoigne de l’implication des riverains dans l’entretien de leur cadre de vie et de leur volonté de valoriser leur territoire. Elles témoignent également de l’attachement des acteurs locaux à conserver une vallée ouverte à tous et partagée. L’organisation d’ateliers collectifs est envisagée pour mieux comprendre les perceptions des habitants.

Gouvernance locale et acceptation par les usagers

Figure 4 : Comparaison de la politique d’effacement d’ouvrages hydrauliques en France et aux Etats-Unis (L. Drapier).
Figure 4 : Comparaison de la politique d’effacement d’ouvrages hydrauliques en France et aux Etats-Unis (L. Drapier).

L’équipe s’est intéressée à la controverse créée par le projet d’arasement des barrages de la Sélune. Pour cela, les différentes étapes qui ont conduit à l’annonce de la suppression des barrages de Vezins et de la Roche-qui-Boit en novembre 2009 (Germaine et Lespez, 2014) puis à l’arrêté préfectoral de vidange de la retenue d’eau de Vezins fin 2016 sont reconstituées. Les différentes scènes de concertation à l’intérieur desquelles les élus, les représentants des services de l’Etat, et les associations ont débattu du projet sont analysées afin de révéler les jeux d’acteurs mais aussi le poids de certains objets comme les barrages, les lacs associés ou encore les saumons qui jouent un rôle important dans la construction de collectifs constitués autour de la valorisation de la rivière et de son devenir. Cette analyse permet d’identifier les parties prenantes impliquées et de repérer les blocages, les interruptions et les épreuves traversées au cours du dialogue. La conflictualité observée dans la vallée de la Sélune est comparée avec d’autres opérations d’effacement de barrages dans le nord-ouest de la France et sur la côte Est des Etats-Unis (c’est l’objet de la thèse de L. Drapier). Il s’agit de voir comment les projets sont menés dans des contextes institutionnels très différents afin de mieux comprendre les facteurs de réussite ou d’échec de telles opérations.